Cette page a été écrite en décembre 1999 par Claude Homs, avec l'aide et les conseils d'Ipoustéguy.

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D'abord formé dès 1938 au dessin et à la peinture par Robert Lesbounit aux cours du soir de la ville de Paris, le jeune Jean ROBERT participe à la décoration de l'église Saint-Jacques à Montrouge en 1947.

Parce que son patronyme est très usuel en France, il prend le nom d'artiste d'IPOUSTEGUY, (nom de jeune fille de sa mère).

En 1953, il abandonne la peinture, pour ne plus se consacrer qu'au dessin, à l'aquarelle, à l'écriture et surtout à la sculpture.

En 1956, il crée ARCHITECTURE, et en 1958, il casse l'œuf de Brancusi et regarde à l'intérieur : c'est CASQUE FENDU.

Sa sculpture embryonnaire se poursuit jusqu'en 1960. Il se permet alors une incursion "dans le garage, le dépotoir, le cimetière, desquels il sortira très vite, tandis que d'autres y laisseront leur talent et leur raison de vivre"  ( Alain Bosquet, Bronze, marbre, Ipousteguy, édition de la différence ).

En 1959 c'est ROGER ET LE PEUPLE DES MORTS, quand il commence combiner entre elles les formes qui viennent de l'architecture et de la figure humaine. L'éclosion définitive ne s'est faite qu'en 1960, quand il expose pour la première fois chez Claude Bernard.

En 1962, après un voyage en Grèce, LA TERRE et en 1963 L'HOMME démontrent que la figure humaine devient son seul centre d'intérêt. Il manipule alors la terre glaise.

Une concertation accrue entre cette figure humaine et l'architecture par le moyen de tables et de parois le conduit à créer ECBATANE (1965).

1966 voit l'éclosion de LA FEMME AU BAIN et de L'HOMME PASSANT LA PORTE, tandis qu'il effectue un retour à la peinture.

Il reprend à son compte la mort de son père et de sa mère, se défend contre l'oubli et s'enfonce dans la sculpture : c'est LA MORT DU PERE en 1968 et L'AGONIE DE LA MERE en 1971, année où il accepte de répondre à la demande de l'église de Philadelphie de commémorer la sanctification du premier homme américain : MORT DE L'EVEQUE NEUMANN - voir aussi la rubrique expositions - .

Il poursuit son dialogue avec le trépas en 1976, et se révolte dans une véritable implosion-explosion : c'est SCENE COMIQUE DE LA VIE MODERNE.

MAISON (1976) avec VAL DE GRACE (1977) - voir aussi la rubrique expositions - et L'HOMME CONSTRUIT SA VILLE (1978-1979), hymnes à l'Homme et à l'Amour viennent adoucir ces douleurs, mais confirment qu'il y a chez Ipousteguy  une mécanisation de l'anatomie qui provient du coté agressif de la société industrielle, en même temps que l'artiste reçoit l'assaut permanent des événements.

On trouve chez Ipousteguy dans la plupart de ses sculptures la présence conjointe du plan et du volume.

Son œuvre LOUISE LABE (1981) - voir aussi la rubrique expositions - a cette particularité de se trouver à l'articulation de deux périodes bien distinctes.

De l'origine Louise Labé, le volume est confronté au plan, et de ce fait,

se produisent entre eux des ruptures.

De cette œuvre-cl nos jours, c'est le volume qui développe un plan ou inversement,

un plan qui engendre un volume. Il n'y a plus de rupture.

Ipousteguy adjuge sa première période à son étude autodidacte de l'histoire de l'art : architecture et anatomie, tandis qu'il attribue à la seconde période l'exploitation personnelle de sa connaissance acquise.

Il va dès lors explorer de façon méthodique et passionnée les effets de la lumière et de l'ombre sur le monde. Il va de même travailler les couleurs de ses bronzes en une sorte de quête picturale qu'on retrouve dans IDOLEBUS (1986), POIRE SUR PLAN D'ECLAIRAGE (1984). Il ajoute alors à la matière une dimension polychrome que lui offrent les oxydes.

Ipousteguy s'affranchit de l'égide de toute Galerie d'Art à  partir de 1984.

Une commande du Président Mitterrand lui permet de se rapprocher d'Arthur Rimbaud. Il le coupe en deux pour exprimer le surprenant destin du poète, toujours entraîné par ailleurs, rompant subitement avec la plus extraordinaire écriture. Un éloge à la liberté. Puis il donne à sa sculpture une dynamique, tout en conservant l'horizontalité. Les défenseurs du poète mythique n'aimeront pas le titre de l'œuvre : L'HOMME AUX SEMELLES DEVANT (1984). Ils ont cru au blasphème. C'est une glorification.

Après une série de Natures mortes et de Paysages, il va appliquer sa vision de l'effigie humaine. Ainsi tous les plans vont-ils se trouver développés dans la série Jeunes filles, et en particulier LECTURE (1985) LIVRE(1985) et BAS (1986).

Une commande officielle pour le parc de Bagnolet (Seine Saint-Denis - France), lui permet d'affirmer sa foi en les valeurs fondamentales de la République. A l'occasion du bicentenaire de la révolution française, il met en scène celles qu'il appelle les "trois bagnolettes", la liberté, l'égalité et la fraternité, et donne à la République dans sa représentation, un sens maternel et aimant, contraire tous les canons révolutionnaires et guerriers : LA SANTE DE LA REVOLUTION (1988).

ELLE N'A PAS DE NOM (1992) et AVIATEUR (1993) lui permettent des déclinaisons de la douceur peut-être enfin trouvée. Le bronze est lisse, promet des découvertes, permet la caresse, se teinte de calme dans des verts mouvants. L'homme est glorifié dans sa soif d'absolu et la femme est enveloppée de pudeur et d'appels conjugués. On peut mesurer ici la déclinaison des mêmes thèmes à 30 ans de distance ( voir L'HOMME et LA TERRE).

ETE 94 (1994), d'un bleu turquoise insolite, joue avec le spectateur à une partie de cache-cache juvénile. Les règles esthétiques n'ont aucune prise sur le sculpteur, comme bafouées par un créateur qui n'en a cure. La recherche perdue des mystères de la lumière est sans doute ce prix.

CIEL (1998), sculpture monumentale en acier cortène, marque peut-être un retour. Ombre, couleur, architecture se mêlent pour proposer à l'œil comme un aboutissement dans le dépouillement.

En 1998, Ipousteguy conduit une réflexion sur la vie, et propose la série des Ages.

AGE DES CONCLUSIONS (1998), vient nous rappeler l'inéluctable chance. Les déchirures de la vie sont toutes présentes. Le corps est comme pétri par le temps qui l'a abîmé. Une main invisible a laissé la trace de ses caresses.

"J'ai souvent parlé de la mort", dit Ipousteguy.

"Maintenant, c'est la mort qui commence a me parler", affirme-t-il dans un de ses derniers poèmes.

Pour le philosophe Kant, ce n'est pas le temps qui passe, c'est nous qui passons. Il n'y a pour Ipousteguy que l'espace qui se trouve toujours être reconsidéré, et qui, de ce fait, dispose à l'homme la transformation physique.

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